Broder des figues en laine : mes essais de points en crewelwork

Broder des figues en laine : mes essais de points en crewelwork

Pour cette nouvelle broderie, j’avais envie de sortir un peu de mes habitudes et surtout de tester de nouvelles choses. De nouveaux fils, de nouveaux points et une approche un peu plus inspirée du crewelwork, cette technique de broderie traditionnellement réalisée avec de la laine.

Le point de départ a été une envie assez simple : broder des figues.

Un motif dessiné spécialement pour la broderie

Le motif a été dessiné par ma sœur, illustratrice derrière Sober Studio.

Elle avait déjà créé toute une collection d’illustrations autour des fruits, mais les figues n’en faisaient pas encore partie. Elle les a donc dessinées spécialement pour ce projet de broderie.

J’aimais beaucoup la composition, avec les fruits entiers, la figue coupée en deux et les grandes feuilles. Elle permettait surtout de travailler plusieurs textures différentes et donc de tester plusieurs points sans que cela donne l’impression d’avoir voulu en mettre partout juste pour expérimenter.

Tester la laine de Saint-Pierre

Pour la première version, je voulais tester les fils de laine de Saint-Pierre, proposés par J. Toulemonde.

Je travaille régulièrement avec des fils de soie ou de la laine Appleton, mais beaucoup moins avec de la laine française. J’étais donc curieuse de découvrir le rendu de la laine de Saint-Pierre et de voir comment elle se comportait à la broderie, notamment en termes de texture, de volume et de facilité de travail.

Comme je voulais également approfondir le crewelwork, c’était l’occasion parfaite.

Pour choisir les points, je me suis principalement inspirée du livre de la Royal School of Needlework, RSN Book of Embroidery: All Techniques, et plus particulièrement de la partie consacrée au crewelwork.

L’objectif n’était pas forcément d’utiliser énormément de points différents, mais plutôt de trouver celui qui fonctionnerait le mieux pour chaque partie du dessin.

Les feuilles : beaucoup d’essais avant de trouver la bonne combinaison

Les feuilles sont probablement la partie sur laquelle j’ai le plus hésité.

Au départ, je pensais simplement les remplir au passé plat. C’était une solution assez logique pour créer une grande surface pleine tout en suivant la direction des feuilles.

J’ai essayé.

Puis j’ai recommencé une deuxième fois.

Et finalement, je n’aimais toujours pas vraiment le résultat.

Le rendu était trop uniforme par rapport à ce que j’imaginais et je trouvais que les feuilles perdaient une partie de leur caractère.

J’ai donc complètement changé d’idée.

J’ai commencé par broder les contours des feuilles ainsi que leurs nervures au point de chaînette. Cela permettait de bien dessiner leur structure tout en donnant un peu de relief.

Mais une fois cette partie terminée, l’intérieur me semblait trop vide.

J’ai alors décidé de remplir les espaces au point de sable.

Le résultat m’a beaucoup plus plu. La chaînette dessine clairement les feuilles tandis que les petits points dispersés apportent une texture légère sans alourdir l’ensemble.

J’ai tout de même voulu tester une dernière possibilité sur une autre feuille avec des points de plume.

Sur le papier, l’idée me plaisait beaucoup. Dans la réalité, le rendu n’était pas suffisamment convaincant.

Je suis donc revenue à la combinaison qui fonctionnait le mieux : point de chaînette et point de sable.

Les figues entières : découvrir le point de Burden

Pour les fruits qui ne sont pas découpés, j’avais principalement deux idées.

La première était d’utiliser le point de Burden, un point que je voulais tester depuis un moment.

La seconde était de réaliser un remplissage au point de treillis.

J’ai commencé par le point de Burden et, cette fois, je n’ai pas eu besoin de multiplier les essais.

Le résultat correspondait exactement à ce que je cherchais.

Ce point crée un remplissage très graphique avec une texture légèrement structurée, particulièrement intéressante avec de la laine. Il permet également de jouer avec plusieurs couleurs et de donner davantage de profondeur au fruit.

J’ai donc décidé de conserver ce point pour les figues entières.

Je pense malgré tout que le point de treillis aurait pu être une très bonne alternative. Peut-être pour une prochaine version.

La figue coupée : jouer avec les lignes et les petits points

Pour la figue coupée en deux, je voulais éviter de reprendre encore une fois le point de chaînette.

J’ai donc utilisé le point de tige pour dessiner la partie extérieure du fruit.

J’ai réalisé trois lignes côte à côte : une ligne violette accompagnée de deux lignes crème.

Cela permet de créer une bordure assez marquée tout en rappelant les différentes nuances visibles dans la peau d’une figue.

Pour représenter l’intérieur du fruit, j’avais envie d'une texture beaucoup plus irrégulière et organique.

J’ai donc utilisé des points de nœud.

Ils permettent de créer facilement ce petit effet granuleux qui rappelle les nombreuses graines présentes dans la chair de la figue.

C’est une partie assez simple techniquement, mais qui apporte énormément de texture au motif.

Recommencer entièrement avec de la laine Appleton

Une fois tous les points validés, j’aurais très bien pu m’arrêter là.

Mais puisque ce projet était aussi l’occasion de tester les fils de laine, j’ai décidé de recommencer entièrement le motif avec de la laine Appleton.

Cette deuxième version m’a permis de comparer assez directement les deux fils sur exactement les mêmes points.

La laine Appleton est plus grosse que la laine de Saint-Pierre.

Cela a un avantage évident : les surfaces se remplissent beaucoup plus rapidement.

En revanche, je l’ai trouvée plus difficile à travailler.

J’ai rencontré davantage de nœuds pendant la broderie et surtout beaucoup plus de problèmes de laine qui se défait ou se feutre au passage répété dans le tissu.

Sur certains points ou certaines zones très travaillées, cela m’a franchement compliqué la tâche.

La laine de Saint-Pierre m’a semblé plus agréable et plus régulière à manipuler, tandis que l’Appleton donne un résultat plus épais et permet de remplir les surfaces plus rapidement.

Deux fils assez différents donc, même s’ils sont tous les deux parfaitement adaptés à ce type de broderie.

Le résultat final

Après tous ces essais, le motif final mélange finalement assez peu de points :

  • le point de chaînette pour les contours et les nervures des feuilles

  • le point de sable pour leur remplissage

  • le point de Burden pour les figues entières

  • le point de tige pour la bordure de la figue coupée

  • le point de nœud pour représenter sa chair

Ce projet m’a surtout rappelé quelque chose que j’aime beaucoup dans la broderie : le premier choix n’est pas toujours le bon.

Un point peut sembler parfait sur le papier et finalement ne pas fonctionner du tout une fois brodé. À l’inverse, une combinaison imaginée après plusieurs essais peut devenir celle qui donne toute sa personnalité au motif.

Et parfois, il faut simplement accepter de défaire, recommencer et tester autre chose.

Je pense que ce ne sera probablement pas mon dernier projet en crewelwork. Il y a encore énormément de points et de combinaisons que j’ai envie d’expérimenter, et la laine donne vraiment une texture particulière aux motifs végétaux et aux fruits.