Parmi les nombreux points de broderie traditionnels, certains sont aujourd’hui beaucoup moins connus que le point de tige, le passé plat ou le point de nœud. Le point de Burden fait partie de ces points un peu oubliés qui méritent pourtant qu’on s’y attarde.
Un point de remplissage, il permet de couvrir une surface tout en créant une texture régulière rappelant un petit tissage ou un motif de briques.
Qu’est-ce que le point de Burden ?
Le point de Burden est un point de remplissage composé de fils posés horizontalement et maintenus par des points verticaux réguliers.
Les petits points de maintien sont décalés d’une ligne à l’autre. C’est ce décalage qui crée son motif caractéristique, proche d’un appareillage de briques.
Selon l’espacement choisi, le résultat peut être très différent :
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avec des points très rapprochés, la broderie devient dense et couvre presque complètement le tissu ;
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avec davantage d’espace, le tissu de fond reste visible et le point devient beaucoup plus graphique ;
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en utilisant plusieurs couleurs, il est également possible de créer des effets de profondeur, d’ombre ou de dégradé.
Le point de Burden est donc particulièrement intéressant pour remplir de grandes surfaces sans utiliser un passé plat classique.
Pourquoi l’appelle-t-on « point de Burden » ?
Contrairement à ce que pourrait laisser penser le mot anglais burden, qui signifie notamment « fardeau », le nom du point ne décrit pas sa technique.
Il vient d’Elizabeth Burden, brodeuse britannique du XIXe siècle.
Elizabeth Burden était la sœur de Jane Morris, épouse de William Morris, et travaillait elle-même dans l’univers de la broderie Arts & Crafts. Elle enseigna également à la Royal School of Art Needlework, aujourd’hui connue sous le nom de Royal School of Needlework.
Dans les années 1870, elle y enseignait et participait à la transmission de plusieurs techniques de broderie décorative.
Le point prendra ensuite le nom de Burden Stitch en son honneur.
Comment réaliser le point de Burden ?
Le principe est assez simple une fois que l’on comprend sa construction.
Commencez par poser une série de longs fils horizontaux parallèles sur la zone que vous souhaitez remplir, à distance égale.
Ces fils constituent la base du point.
Ils vont ensuite être maintenus avec de petits points verticaux qui viennent traverser ou enjamber le fil posé.
Sur la ligne suivante, les points de maintien sont décalés d’environ une demi-longueur de point.
On obtient ainsi progressivement cette structure très régulière :


Ce décalage donne au point de Burden son aspect caractéristique de petites briques imbriquées.
La régularité est particulièrement importante : plus les lignes et les espacements sont constants, plus le motif final donne cette impression de textile tissé.
Quels fils utiliser ?
Le point de Burden peut être travaillé avec de nombreux fils.
Avec du coton mouliné, on obtient un résultat assez fin, idéal pour une broderie contemporaine ou figurative.
Avec de la laine à broder ou de la laine crewel, le point prend davantage de volume et rappelle les broderies historiques anglaises.
La soie permet quant à elle d'obtenir une surface plus lumineuse et précieuse.
Il est également possible d'utiliser deux fils différents : un fil pour les lignes posées et un autre pour les points de maintien.
C’est une manière simple d’apporter du contraste et de mettre davantage en valeur la structure du point.
Où utiliser le point de Burden ?
Le point de Burden est particulièrement adapté aux fonds et aux grandes zones de remplissage.
Il peut également être utilisé dans des broderies figuratives pour apporter de la texture à certaines parties d’un motif.
Aujourd’hui, on peut très facilement le détourner dans une broderie contemporaine.
Il fonctionne particulièrement bien pour broder :
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des vêtements ou des éléments textiles dans un personnage,
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des paysages et des collines,
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des feuilles ou de grandes formes végétales,
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des fonds décoratifs,
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des formes géométriques,
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des surfaces auxquelles on souhaite donner un effet de tissage.
Dans une broderie botanique, par exemple, il peut apporter une texture très différente du passé plat et créer un contraste intéressant avec des zones plus lisses.
Jouer avec les couleurs
L’un des grands intérêts du point de Burden est sa capacité à accueillir plusieurs couleurs.
Vous pouvez garder les fils horizontaux dans une seule teinte et changer uniquement la couleur des points de maintien.
Mais vous pouvez également modifier progressivement la couleur des fils posés pour créer un dégradé.
Cette technique permet ainsi de travailler des effets d’ombrage et de profondeur tout en conservant une structure graphique très visible.
Comment l’appeler en français ?
Il n’existe pas, à ma connaissance, de traduction française historique suffisamment établie pour remplacer sans ambiguïté le nom anglais.
Pour éviter de créer une traduction artificielle ou trompeuse, le plus simple est donc de conserver son nom d’origine :
le point de Burden -> Burden Stitch.
C’est également sous cette appellation que vous le retrouverez le plus facilement dans les ouvrages et ressources anglophones consacrés aux points de broderie.
Un point ancien qui reste très moderne
C’est probablement ce que j’aime le plus avec les points historiques : ils peuvent sembler très traditionnels lorsqu’on les découvre dans des ouvrages anciens, mais devenir complètement contemporains dès que l’on change les couleurs, les matières ou le dessin.
Le point de Burden en est un très bon exemple.
Sa construction régulière permet de créer une surface texturée presque graphique, tout en restant suffisamment simple pour être utilisée aussi bien dans une broderie traditionnelle que dans une création beaucoup plus moderne.
Si vous aimez expérimenter avec les points de remplissage, c’est donc un point à ajouter à votre répertoire.
Et surtout, la prochaine fois que vous croiserez le terme Burden Stitch, vous saurez qu’il s’agit d’un point historique portant le nom d’Elizabeth Burden, une brodeuse qui a contribué à transmettre cette technique au XIXe siècle.


